Langage et Neurologie-Lecture de l'article de Kuniyoshi Sakai intitulé ≪ Langage et Neurologie ≫

  Yoko ONDA, Takeshi MATSUISHI

La croissance de l'enfant est accompagnée d'une faculté grandissante à parler d'une multitude de sujets. En outre, les enfants apprennent à s'exprimer avec des mots plus complexes. Cette habilité croissante à utiliser le langage est indubitable ; nous pensons qu'elle s'acquiert uniquement de façon naturelle. Ce chemin, que j'ai moi-même suivi, est probablement suivi par pratiquement tout un chacun, et est par conséquent un processus tout à fait banal. Cependant,  lorsque nous essayons de répondre à la question « Qu'est-ce que le langage ? », ce que nous croyions être un processus banal se révèle beaucoup plus compliqué. Alors, qu'entendons-nous généralement par « langage » ?

Il existe au moins quatre fonctions liées au langage (aux mots) : la fonction de transmission qui nous permet d'effectuer nos activités quotidiennes (les mots), la fonction de contact social développée afin de maintenir les relations humaines, la fonction de pur plaisir des mots, et enfin le processus qui nous permet d'émettre des jugements rationnels, considéré comme étant l'outil de réflexion. L'ensemble des actes que nous accomplissons sans le savoir afin de comprendre et prononcer des mots n'est pas une activités simple, mais une activité cérébrale complexe. Les mots sont le fruit d'un processus cérébral.

Or, essayer de savoir « comment le cerveau génère les mots » est un problème qui repousse les frontières de la recherche neurologique. Il s'agit là, en outre, de l'une des principales difficultés dans ce domaine. Le rôle joué par le cerveau au niveau de la construction du langage constitue l'un des derniers mystères à élucider pour la science.

Premièrement parce que le langage est une fonction avancée du cerveau, et se situe donc au zénith de la fonction mentale appelée reconnaissance ou émotions de la pensée - volition. L'utilisation du terme zénith vient de l'habilité à exprimer, même si ce n'est que partiellement, ces fonctions mentales par le biais du langage. Au cours de leur développement, la faculté des enfants à bavarder et à comprendre n'est-il pas un phénomène susceptible de susciter l'émerveillement ?

Deuxièmement parce que le langage est une fonction réservée aux êtres humains. Selon Chomsky, la parole humaine serait un phénomène spécifique aux humains, rendue possible grâce aux organes de la parole du cerveau, alors que même les premiers signes d'une telle faculté ne sont décelables chez les autres animaux. C'est pourquoi les méthodes de recherche sur le cerveau humain sont extrêmement limitées, ce qui rend encore plus difficile la résolution d'un problème déjà complexe en soi.

Troisièmement, parce que le langage est intimement connecté à d'autres fonctions cognitives. Les recherches neurologiques menées pour parvenir à identifier les fonctions purement linguistiques représentent sans aucun doute un véritable défi.

Par conséquent, le fait de déterminer si « ces cellules de notre cerveau sont spécifiques à la race humaine » permettrait de résoudre le mystère du langage.

Les récentes méthodes de diagnostic par imagerie, en d'autres termes la conversion des fonctions du cerveau en images, permettent de « voir » les schémas d'activité du cerveau grâce à une technologie sophistiquée d'imagerie fonctionnelle cérébrale, et ont donné naissance aux découvertes fondamentales de la neurologie sur les fonctions du langage.

En neurologie, le concept traditionnel de théorie de réduction localisée affirme que la parole correspond à une fonction localisée dans une partie du cerveau. La parole est donc définie comme « un module de fonction cérébrale », et l'auteur affirme par ailleurs que le langage est incorporé dans le système cérébral en tant que module indépendant, tout comme les modules de la perception, de la mémoire et de la conscience. Ils sont tous interconnectés et interagissent simultanément les uns avec les autres. 

L'aire de Broca, l'aire de Wernicke, le gyrus frontal  et le gyrus supramarginal  sont identifiés comme les centres de traitement des activités du langage. Ainsi, l'aphasie de Broca se traduit par la difficulté à prononcer les mots, tandis que l'aphasie de Wernicke se traduit par la difficulté à comprendre le sens et à choisir les mots au moment de leur prononciation. Ces découvertes et les recherches sur les troubles du langage qui ont suivi ont par la suite permis d'établir l'existence et la localisation de ces aires dans le cerveau.  Ces quatre aires, l'aire de Broca, l'aire de Wernicke, le gyrus frontal et le gyrus supramarginal pourraient ainsi se partager le travail, chacun assurant une fonction qui lui est propre.

En 1999, une équipe américaine publia les résultats d'une expérience d'imagerie fonctionnelle cérébrale utilisant la méthode IRMf afin de comparer les traitements grammatical et sémantique. Il fut alors possible d'établir que l'aire de Broca semblait liée au processus grammatical. Cette expérience indiquait cependant que la distinction entre les traitements grammatical et sémantique n'était pas claire. Par conséquent, l'étude ne permettait pas de conclure que l'aire de Broca était entièrement responsable du traitement grammatical. De récentes études ont cependant indiqué que le traitement grammatical facilite les activités de l'ensemble des aires du langage, mais qu'il remplit un rôle particulièrement essentiel au niveau des activités de l'aire de Broca. L'auteur suggère que ce résultat indique que l'aire de Broca est spécialisée dans le traitement grammatical, et que le traitement grammatical est localisé dans une fonction cérébrale.

Reste que la région du cerveau qui correspond au langage ne se limite pas à l'aire de Broca, à l'aire de Wernicke, au gyrus frontal et au gyrus  supramarginal ; elle englobe également le cervelet, le cerveau et le thalamus. Ces régions étant désormais identifiées, comment établir que le langage est localisé dans une partie du cerveau ?

Que faire de la théorie de réduction de la neurologie par rapport à la théorie opposée du totalitarisme, qui voudrait considérer la fonction du langage en termes de concept d'une fonction effectuée par l'ensemble du cerveau ?

Il convient de s'arrêter ici sur le mode d'acquisition du langage par les enfants. On pense que les fondations neurologiques du langage s'établissent entre l'âge de huit et douze ans. Il est par conséquent peu probable que la localisation des activités du langage avant cette période joue un rôle important. On suppose par ailleurs qu'un cerveau arrivé à maturité ne fonctionne pas nécessairement selon les mêmes principes qu'un cerveau en cours de développement. Il est récemment devenu évident que les résultats des recherches effectuées sur des cerveaux adultes atteints de lésions ne pouvaient pas être appliqués à la maturation neuropsychologique d'un enfant en cours de développement. Des rapports intéressants ont par ailleurs été publiés sur la plasticité du cerveau. Comment élucider ces problèmes du point de vue de la localisation des zones d'activité du langage ? Karmiloff-Smith précise que « la modularisation du développement humain n'est pas prédéterminée, mais découle du développement ». Il est impératif d'étudier ces problèmes du point de vue de l'acquisition du langage chez l'enfant.

Récemment, les spécialistes ont favorisé une approche interdisciplinaire de l'étude du cerveau et de la psyché, ce qui a permis l'émergence de la neurologie cognitive. L'objectif de la neurologie cognitive consiste à étudier la psyché en termes de fonctionnement du cerveau et examine le fonctionnement de la psyché par la neurologie, une approche que l'auteur approuve.

L'auteur définit la psyché comme un ensemble « sens-mémoire-conscience » qui fait partie du fonctionnement du cerveau, et considère que la relation entre langage et psyché est réfléchie : le psyché donne naissance au langage, qui est prononcé puis renvoyé au psyché qui doit en assurer la compréhension, en un processus cyclique. L'auteur considère que, vue dans son ensemble, la fonction linguistique est intégrée dans le système cérébral en relation étroite avec le fonctionnement de la psyché, englobant le tout « sens-mémoire-conscience ». En d'autres termes, l'auteur affirme l'existence d'une structure hiérarchique « cerveau-psyché-langage ». Lorsqu'on lui demande de définir en un mot ce qu'est le langage, l'auteur répond que tant que l'on ne saura pas comment le cerveau génère le langage, personne ne peut donner de réponse « exacte », mais ajoute : « le langage fait partie de la psyché ».

Noam Chomsky, qui révolutionna la linguistique, pense également que le langage fait partie de la psyché. Selon Chomsky, l'étude du langage comporte quatre problèmes principaux. Premièrement, quelle est la connaissance qui nous permet d'utiliser et de comprendre le langage ; qu'est-ce qui se trouve à l'intérieur du cerveau et de la psyché d'un locuteur. Deuxièmement, comment cette connaissance est-elle acquise ; comment le système cognitif est-il formé dans le cerveau et la psyché. Troisièmement, comment cette connaissance est-elle utilisée. Et quatrièmement, quels sont les mécanismes physiques sous-jacents à l'expression, l'acquisition et l'utilisation de cette connaissance. La théorie avancée par Chomsky pour élucider ces questions a été baptisée « nativisme ». Le nativisme affirme que le langage n'est pas uniquement acquis par le conditionnement et l'éducation après la naissance. Selon lui, la langue maternelle est « acquise » grâce à une faculté linguistique innée. Chomsky part du principe que l'homme est doté de capacités linguistiques innées, qu'il appelle la « facilité d'acquisition du langage ». Il considère que les humains sont génétiquement équipés des principes d'une grammaire universelle. De plus, il émet l'hypothèse de l'existence des modules du langage, à savoir les modules syntaxique, sémantique et phonologique, qui échangent des informations les uns avec les autres et se complètent. Il insiste sur l'importance de la nature modulaire de la grammaire. Selon Chomsky, la grammaire universelle est une fonction linguistique spécifique à l'espèce humaine.

Noam Chomsky, qui révolutionna la linguistique, pense également que le langage fait partie de la psyché. Selon Chomsky, l'étude du langage comporte quatre problèmes principaux. Premièrement, quelle est la connaissance qui nous permet d'utiliser et de comprendre le langage ; qu'est-ce qui se trouve à l'intérieur du cerveau et de la psyché d'un locuteur. Deuxièmement, comment cette connaissance est-elle acquise ; comment le système cognitif est-il formé dans le cerveau et la psyché. Troisièmement, comment cette connaissance est-elle utilisée. Et quatrièmement, quels sont les mécanismes physiques sous-jacents à l'expression, l'acquisition et l'utilisation de cette connaissance. La théorie avancée par Chomsky pour élucider ces questions a été baptisée « nativisme ». Le nativisme affirme que le langage n'est pas uniquement acquis par le conditionnement et l'éducation après la naissance. Selon lui, la langue maternelle est « acquise » grâce à une faculté linguistique innée. Chomsky part du principe que l'homme est doté de capacités linguistiques innées, qu'il appelle la « facilité d'acquisition du langage ». Il considère que les humains sont génétiquement équipés des principes d'une grammaire universelle. De plus, il émet l'hypothèse de l'existence des modules du langage, à savoir les modules syntaxique, sémantique et phonologique, qui échangent des informations les uns avec les autres et se complètent. Il insiste sur l'importance de la nature modulaire de la grammaire. Selon Chomsky, la grammaire universelle est une fonction linguistique spécifique à l'espèce humaine.

L'approche béhavioriste est par contraste à l'opposé de l'approche nativiste de Chomsky. Les béhavioristes tels que Skinner affirment que le langage peut être expliqué en termes de mécanisme général d'« apprentissage ». Le mécanisme clé pour les béhavioristes est ce qu'ils appellent le « conditionnement opérant », un apprentissage associatif qui implique une contingence entre la réponse et la présentation du renforçateur. Skinner considère le langage comme un exemple de conditionnement opérant. Skinner estime que le langage n'est pas foncièrement différent des autres facultés humaines et se concentre plutôt sur l'aspect de l'apprentissage. Il affirme ainsi que l'acquisition du langage est fortement influencée par l'environnement et met l'accent sur les comportements d'imitation. Chomsky rétorque que de tels mécanismes béhavioristes ne peuvent pas expliquer entièrement le phénomène du langage.

Cette confrontation entre nativisme et béhaviorisme dans les recherches sur l'acquisition du langage ne date pas d'hier. Les résultats de recherches neurologiques récentes semblent cependant appuyer la thèse du nativisme. Comme le souligne l'auteur, la localisation du traitement grammatical dans l'aire de Broca, découverte grâce à l'imagerie fonctionnelle cérébrale, suggère le bien fondé de l'hypothèse d'un module grammatical émise par Chomsky et va dans le sens de sa théorie.

Reste qu'il est probablement impossible d'écarter définitivement la théorie de l'« apprentissage » au profit du nativisme. De fait, la théorie de l'apprentissage à elle seule est incapable de répondre aux questions sur l'acquisition du langage, telles que le problème de Platon. Et pourtant, le nativisme pourrait ne pas apporter toutes les réponses attendues. Cette théorie avance qu'un enfant est capable d'acquérir une connaissance linguistique malgré un manque de stimulus et de pratique linguistique, parce qu'il en a déjà une connaissance innée et abondante. Nous connaissons pourtant le cas d'un enfant entendant, né de parents sourds, qui avait eu peu de contact avec des adultes parlant anglais et qui avait été exposé aux conversations en anglais uniquement par le biais de la télévision. Lorsqu'il fut inscrit dans une structure préscolaire, il s'avéra que l'enfant disposait de capacités linguistiques très limitées. L'enfant fut pris en charge par un spécialiste du langage et fit de remarquables progrès. En l'espace de quelques années, ses capacités linguistiques se situaient dans la moyenne. Cet exemple prouve l'importance de l'environnement, discrédité par le nativisme, et suscite des incertitudes quant à la validité du nativisme pour ce qui est de l'acquisition du langage. Il est possible que les capacités linguistiques innées et l'environnement linguistique participent tous deux au développement du langage. L'auteur suggère que si l'acquisition du langage se situe entre l'instinct total et l'apprentissage total, tout est relatif. Il laisse entendre qu'aucune des différentes théories avancées ne reconnaît que l'acquisition du langage se fait en plusieurs phases. Selon l'auteur, l'acquisition du langage commence par une première phase néonatale, dominée par l'instinct héréditaire, et passe par une phase intermédiaire avant de terminer par une troisième phase, dominée par l'apprentissage. Lors de la phase finale d'acquisition du langage, le mécanisme d'apprentissage complète le processus d'acquisition via l'élargissement du vocabulaire et des concepts. L'auteur émet également l'hypothèse que, puisque les facteurs héréditaires et environnementaux jouent chacun un rôle dans l'acquisition du langage, tous deux sont représentés dans l'individualité définitive du langage personnel. L'auteur nomme cette théorie l'« hypothèse multi-phase de l'acquisition du langage ».

Comme nous l'avons vu plus haut, deux approches radicales, à savoir le nativisme et le béhaviorisme, s'opposent depuis longtemps. Plus que la question de savoir quelle théorie est bien fondée, il convient de comprendre par quel mécanisme le langage est acquis. D'autres avancées dans le domaine de la neurologie devraient fournir de nouveaux éléments permettant de mieux comprendre le fonctionnement du langage.

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